Décaillet dans le texte

Pascal Décaillet, éminence journalistique de la presse échotière de quatrième zone, n’aime pas l’Union Européenne et ses succédanés. Il n’aime pas non plus les moralistes mais ne se prive jamais de la faire aux autres, la morale.

Dans un récent billet, publié sur la plate-forme des blogs de la Tribune de Genève (dont la tolérance à la répétition et à l’ennui est consternante) il s’en donne à coeur joie, expliquant au PLR tout ce qu’il devrait changer dans sa doctrine pour devenir une copie conforme de l’UDC tendance dinosaure de Schaffouse.

On retiendra tout particulièrement ces morceaux d’anthologie:

si l’aile libérale du PLR voulait bien admettre qu’elle se fourvoie depuis plus de trente ans

si le PLR voulait bien mettre en avant la nation, comme lieu de référence de la mémoire et de la projection sur l’avenir ; couper avec l’idéologie supranationale ; envoyer Bruxelles dans les choux

Et le point culminant de ces éructations est digne d’être coulé dans le bronze de la stupidité:

eh bien, ma foi, je me découvrirais, si ces minimes conditions étaient remplies, de magnifiques proximités avec ce parti!

Si j’étais le PLR (Dieu soit loué, je ne le suis pas), je renverrai cet égocentrique à ses alpages, muni d’un ticket CFF aller simple, avec cette injonction péremptoire: « restez-y ».

Pascal Décaillet n’est pas un thème, juste un embarras

En fait, il n’est rien qu’un petit journaliste de quartier, qui ne sait deviser que sur ce qu’il connaît le mieux: lui-même.

Je m’impose la lecture de chacun de ses dépôts (la télévision c’est trop pour moi) et suis frappé par l’unité de matière qu’ils contiennent: Pascal Décaillet, sa vie, son oeuvre ses connaissances infinies de l’histoire et de la politique, ses incantations, ses prophéties diverses et variées.

Depuis le début de la pandémie, il se surpasse, au point que parfois, j’en viens à me demander si sa Sainte Suffisance Journalistique vit sur la même planète que nous. Son dernier billet, publié sur la plate-forme des blogs de la Tribune de Genève, est un morceau d’anthologie.

Arguant de l’histoire de la ligne Maginot qui selon lui n’est pas « un thème » (de quoi, lui seul le sait), il étale ce que tout le monde sait sur la drôle de guerre, puis sur la guerre éclair. Là, on décèle toute l’admiration moite – d’ailleurs déjà dénoncée – du journaleux pour le IIIe Reich. Et il nous en fait sept paragraphes.

Tout cela pour finir par ce lieu commun, cette platitude extrême, ce non-contenu (parler de non-sens serait attribuer trop de substance à ce propos), cette conclusion qui restera à jamais gravée dans le marbre de la bêtise:

La Ligne Maginot n’était pas un thème. Le confinement est, au mieux, un état de fait. Il n’est pas un thème. L’Histoire se déroule ailleurs. Chez ceux qui veulent le mouvement.

On se rappellera que la slaviste Hélène Richard Favre avait été virée des blogs de la Tribune de Genève en raison, notamment, de la monotonie des sujets traités. On se demande ce qui retient encore le responsable de ladite plate-forme d’en faire de même avec Décaillet?

Le bon peuple appréciera. Et décidément, on a les échotiers que l’on mérite.

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l’Alt-droite a son représentant en Suisse

Sa Sainte Suffisance Journalistique, Pascal Décaillet, est un homme de droite. Nostalgique d’un passé que l’on croyait à jamais oublié, il fait régulièrement l’apologie de l’Allemagne. Oh, non pas l’Allemagne actuelle, mais la République Démocratique Allemande, l’infâme RDA dont, adolescent, il appréciait les journaux radiophoniques.

Il n’y a pas là de quoi fouetter un chat. On a les nostalgies que l’on mérite, après tout.

Là où Saint Pascal se transcende littéralement, c’est dans sa critique de ce qu’il est convenu actuellement d’appeler les médias « mainstream » et leurs représentants. Ces derniers sont en réalité ses confrères et consoeurs, coupables à ses yeux de procéder à une critique insensée de l’administration Trump et de Trump lui-même, du Brexit, en bref de tous les thèmes qui excitent Décaillet comme une mouche gravitant frénétiquement autour d’une bouse bien fraîche.

Il ne voit dans ces critiques que l’expression d’un malaise post-soixante-huitard, de frustrations bien pensantes et, surtout la preuve de l’imbécillité indécrottable des journalistes qui ne sont pas lui. Et, effectivement, ceux qui ne sont pas Décaillet, ça fait pas mal de monde.

Il tombe dans les plus grossiers travers que l’on peut qualifier de « alt-right » et qui consistent à discréditer l’ensemble de la presse lorsqu’elle tient des propos qui lui déplaisent. Non, comme ses amis de la Maison Blanche, on ne démonte pas les arguments de ses contradicteurs sur le fond, mais on disqualifie simplement ceux qui ont rapporté l’information, en l’occurrence les désastreuses décisions exécutives de Donald J. Trump.

Et l’on s’aperçoit que notre ami échotier des bas-fonds de la pensée journalistique est à un pas des ridicules propos de Kellyanne Conway qui défendait cet intéressant et nouveau concept, les « alternative facts ». Et ces gens s’y prennent toujours de la même façon: les faits, vérifiables et incontournables sont sans importance et peuvent être niés, contre toute évidence, lorsqu’ils ne nous arrangent pas. Ce qui est à critiquer impérativement est l’attitude de ceux qui les mettent en exergue. En cela, Décaillet tombe dans le panneau de la rhétorique d’une droite bête et méchante: celle qui, en plus de se réclamer d’un conservatisme étroit libère la parole des plus frustrés et des plus médiocres.

L’élection de Donald Trump, après le Brexit, a définitivement désinhinibé les discours de Décaillet. Il faut dire qu’il ne lui en fallait pas beaucoup. Décaillet finalement, c’est du « fake news ».