Apprendre à dire NON

Enfin.

Harvey Weinstein a été reconnu coupable d’agression sexuelle et de viol. Mais pas d’être un prédateur sexuel. Sur ce dernier chef d’accusation, on me permettra de penser que les jurés se sont trompés, mais bon. Il va sans doute purger une peine de prison.

Un des éléments importants de ce procès, à l’instar de la récente publication de Vanessa Springora (je cite cette dernière car elle est récente, précisément, mais il en existe une multitude d’autres), est qu’il a mis en exergue qu’une victime peut ressentir de l’affection ou de l’amour pour son bourreau. Ce fait, largement utilisé par la défense de Weinstein aux fins de le disculper, reflète néanmoins tous les paradoxes de la nature humaine. Notez bien que je parle de paradoxes et non de contradictions. Des otages sous l’emprise de ravisseurs peuvent développer une sorte d’alliance psychologique avec eux (syndrome de Stockholm). Les victimes deviennent dès lors emphatiques à l’égard de leur bourreau.

Le viol est la forme ultime de l’abus, de la prise de pouvoir d’un homme sur une femme. Et dans le même temps, la femme violée peut éprouver des sentiments pour son violeur. C’est ce que montrent le procès Weinstein et le livre de Vanessa Springora. Contrairement à ce qu’a affirmé Donna Rotunno, l’avocate de Weinstein surnommée « la bouledogue des tribunaux », ces sentiments ne sont pas contradictoires, mais paradoxaux, ainsi que nos natures profondes d’humains le sont.

L’existence de ces paradoxes ne saurait exonérer les bourreaux, bien au contraire. Ils les enfoncent davantage dans leurs crimes sordides.

Les relations d’abus sexuels, de violences et de harcèlement se nourrissent pourtant de ces énergies contradictoires en apparence – mais en réalité complémentaires. Le bourreau existe par sa victime, et la victime par son bourreau.

La seule manière de rompre ce cycle de violences est que la victime dise NON.

Et c’est précisément dans l’apprentissage de ce NON qu’il convient aujourd’hui de placer tous nos efforts. Apprenons à nos filles et petites filles à le dire ce NON, avec force et détermination. Apprenons à nos fils et petits fils à entendre ce NON pour ce qu’il est réellement.

Un NON ferme et définitif.

Il y a encore beaucoup de travail à faire.

NON

La dialectique indigne des défenseurs de Maudet

Dans un article du journal Le Temps du 30 novembre 2018, on peut lire cette perle:

« Vous croyez que Pierre Maudet est le premier politicien à mentir? »

C’est l’incroyable argument de John Dupraz, ancien député PLR, sort pour la défense de l’ex-président du Conseil d’Etat genevois.

Ainsi, on devrait exonérer les mensonges et tentatives de manipulations de Maudet au seul prétexte qu’il ne serait pas le seul à mentir. Vraiment?

Dans ce même article, le solaire Bertrand Piccard y va aussi de son couplet asinien:

« J’admire les gens qui se considèrent injustement victimes et qui se battent »

Le fait est que, dans ce cas particulier, Maudet n’est pas une victime, sinon celle de ses propres mensonges et divagations.

Telle est la dialectique des soutiens du futur ex-Conseiller d’Etat. Il y a eu pire ailleurs, d’autres ont fait pareil et il est une victime des grands méchants qui ourdissent les pires complots pour le forcer à la démission.

On ne sait ce qui est le plus affligeant, des faits eux-mêmes et de leur auteur ou de la misère intellectuelle des défenseurs jusqu’au-boutistes de Maudet.