Je n’aime pas Coline de Senarclens

Je n’aime pas Coline de Senarclens. Je la trouve agitée et sans substance, constamment réfugiée dans une posture de «militante féministe» et produisant un discours qui se voudrait vitriolé mais qui, au fond, ne consiste qu’en un ramassis de clichés, de poncifs et de généralisations aussi hâtives que superficielles.

Elle m’agace prodigieusement et, en plus, je la trouve bête. Malheureusement, depuis #balancetonporc et #metoo, une presse complaisante lui donne une place très imméritée.

Elle cultive un comportement tout fait de brusquerie, de provocations stériles inondées d’une forme d’anticonformisme très travaillé qui est, au fond, d’une totale vacuité.

Etre l’instigatrice de la «Marche des salopes» – projet salutaire et indispensable à l’instruction des gros porcs et autres phallocrates, gardiens d’une culture de domination de l’autre (cet autre étant constitué prioritairement des femmes) ne fait pourtant pas de Coline de Senarclens l’égérie d’un féminisme progressiste.

Au contraire, cela fait d’elle une espèce de caricature en inversé, une agitée du bocal, ses propos utilisant une agressivité verbale si typique du discours masculin qu’elle s’évertue à dénoncer. Une sorte de bipolarité de la pensée, où les bonnes sont les filles et où les méchants sont les garçons.

On ne me fera pas dire que les hommes constituent une classe d’individus parfaits et au-dessus de tout soupçon, surtout lorsqu’il s’agit de leurs comportements en société – et surtout envers les femmes.

Mais bon. En tant qu’homme, je considère que si l’on veut vraiment changer la société, ses rôles et ses pseudo-déterminismes, ce n’est pas par les incantations et les slogans apocalyptiques que l’on y parviendra.

Coline de Senarclens a raison d’être indignée, elle a raison de lutter pour la cause des femmes. Mais sa misère intellectuelle et ses agitations verbales me semblent avant tout desservir la cause qu’elle veut défendre. Car en effet, ce n’est pas parce que les hommes ont imposé par la violence sous toutes ses formes, des millénaires durant, leur domination sur les femmes que ces derniers apprendront à changer par cette même violence.

Il me paraît, très modestement, que c’est par le développement et l’intégration très large des valeurs féminines dans l’éducation, la culture, la politique et, finalement dans nos comportements à tous, que l’on y parviendra.

Coline de Senarclens ne nous y aide en rien.

17 commentaires sur “Je n’aime pas Coline de Senarclens

  1. Je suis une fille, une mère, une grand mère issue d’une lignée de femmes fières de l’être.
    Non, je ne suis pas en accord avec Coline de Senarclens. Pourquoi être agressive, vulgaire, agitée ?
    Ce n’est pas ainsi que vous défendrez les droits des femmes.

  2. Et bien moi, j’aime Coline de Senarclens. Elle est drôle, elle est intelligente, elle est cultivée, elle est engagée, elle est inspirante, elle a été là pour moi dans des moments douloureux. J’ai adoré passer ces quelques années de militantisme féministe à ses côtés. Et j’aime aussi sa soeur. Merci les de Senarclens.

  3. Pour ma part, je suis le père de Coline, un père désemparé, et je vois dans votre message une sorte de planche de salut…
    Je ne saurais trop vous remercier.

  4. Ce n’est pas la première fois que je le remarque : une femme qui prononce des mots vulgaires choque beaucoup plus (et plus vite) que ces mêmes mots prononcés par un homme. Si le verbe de Coline de Senarclens en dérange certains – probablement parce qu’il emprunte un lexique fleuri monopolisé par les voix masculines – moi, ça me plaît. Car j’aime tous les mots des langues que je parle, y compris ceux dont notre éducation a interdit l’usage aux femmes.

    En vous lisant, on croirait que « la violence » devrait rester l’apanage des hommes. Vous déniez la possibilité aux femmes d’en faire usage, de la violence. C’est dommage, parce que cette opposition nous empêche définitivement de parler d’un ensemble mixte. D’après moi, il y a une violence systémique qui atteint tous les genres, classes, sexes, origines… Si elle est autant décriée par les féministes c’est que cette violence est pratiquée par un pouvoir patriarcal majoritairement masculin. Vous renforcez la séparation homme-femme en critiquant une personne – Coline de Senarclens – qui, en tant que femme se « sert » d’une arme « masculine ». Et ça semble vous choquer bien plus que la violence quotidienne que « les » femmes subissent.

    Vous parlez d’ailleurs de « valeurs féminines », pourriez-vous nous en dire plus? Quelles sont-elles? En quoi sont-elles spécifiquement féminines? Les hommes en sont-ils dépourvus?

    Je soupçonne que vous avez pleinement absorbé le système qui sépare la population en deux groupes non pas complémentaires mais antagonistes : les femmes et les hommes. Les premières ne devant surtout pas emprunter les caractéristiques des seconds.

    Mais, attendez un instant. Vous reconnaissez aux femmes le besoin de lutter pour plus d’égalité (merci, Monsieur, d’ailleurs, pour tant de générosité). Mais qu’elles le fassent avec les outils dont elles peuvent se servir et non pas avec ceux qui leur sont interdits.

    Rassurez-moi, on ne parle pas de gentillesse, politesse, modestie, non?

    Je propose à Madame de Senarclens, dans sa prochaine chronique – que j’écouterai comme toutes celles qu’elle écrit – d’essayer le « militantisme féminin » :

    « Sans vouloir vous importuner, Messieurs, pourriez-vous, s’il vous plaît, reconsidérer mon humble demande de pouvoir conserver mon travail après ma grossesse? Seriez-vous d’accord, sans vouloir vous commander, de rééxaminer la possibilité pour les femmes d’être rémunérées à la même hauteur que leur collègues masculins? »

    Tant qu’on y est, demandons aux autrices de ne traiter que de sujets féminins. L’amour (sans sexe, évidemment, les hommes s’y connaissent beaucoup mieux), la famille, l’éducation… C’est de cela qu’on parle?

    Finalement, le fait que Coline de Senarclens vous choque est une bonne nouvelle. Et le fait que toutes les femmes puissent s’exprimer avec les mots qu’elles souhaitent, aussi.

    • CdS ne me choque en rien. Comme dit, je trouve son propos sans substanbce, stéréotypé et ne faisant en rien avancer la cause juste de l’égalité et du féminisme.

  5. Moi, c’est vos propos qui me choquent…
    Dire que l’on n’aime pas quelqu’un-e, n’est-ce pas ne pas s’aimer soi-même, ou du moins ne pas aimer la part d’humanité qui est en toutes et tous, en elle comme en soi-même ?
    De plus, n’êtes-vous pas hautement ambigu: sans tomber dans un registre aussi dur que le nom-amour, alors que faites-vous à parler autant d’elle, si ce n’est lui donner de l’attention ? Et que je sache, donner de l’attention à quelqu’un, n’est-ce pas une façon de l’aimer (même mal) ?
    Et je vous ai ainsi assez aimé ainsi pour aujourd’hui !
    Amicalement,
    C.

    • Tout ça me paraît très compliqué… Si lorsque l’on n’aime pas c’est aimer, alors je ne sais plus. Cela voudrait-il dire que si je n’aime pas le céleri, alors je l’aime en fait? Mais non, je n’aime pas Coline de Senarclens. Ni ses idées (si l’on peut les qualifier ainsi) ni sa personne. En même temps, je ne lui veut aucun mal, juste ne pas l’entendre à tort et à travers.

      • Alors reprenons … autrement !
        Aimez-vous, ou non, la part d’humanité de Colline de Senarclens? (Elle n’est pas un céleri tout de même).
        Et quelle que soit la réponse, par quel sentiment expliquez-vous, aussi ambigu soit-il le temps très conséquent que vous consacrer à cette personne ? (Et moi dont !). Ceci dit, si vous pouvez vous passer de l’entendre, vous semblez ici avoir besoin de lire et relire son nom.
        Autre chose ? Oui.
        Qui aimez-vous ? (Et pourquoi, et comment ?).
        Bonne suite, dans la joie et le partage.

      • Pour paraphraser le grand Pierre Desproges, il y a davantage d’humanité dans la truffe d’un berger allemand que dans les propos enragés de Coline de Senarclens. S’agissant du temps que je passe, je vous ferai respectueusement observer que j’en passe plus à vous répondre que je n’en n’ai passé à exprimer mon aversion son encontre.

  6. Merci, merci … Ce trait d’humour est bienvenu.
    Je laisse de côté l’insulte faites aux bergers allemands, voire à l’humanité et peut-être à Coline de S. ou à ses émotions. Notez que vous avez assurément passé là la ligne rouge: dire à ou de quelqu’une ou quelqu’un qu’il ou elle manque d’humanité peut ouvrir sur un débat profond (ou pas), mais déboucher parfois aussi sur des plaintes légitimes.
    Personnellement, si le débat amiable me semble formateur, je goûte moins la confrontation lui préférant le dialogue, si besoin par la médiation.
    Je vais donc laisser cette cause à ses éventuels développements, tout en restant médiateur si besoin (et comme en plus je m’amuse bien, merci, ce sera avec plaisir ! Pour ce qui est de la compétence, cela ne dépend pas que de moi, mais je le suis).
    C’est surtout votre dernière phrase qui me fais rire …
    En effet, ce dialogue est devenu un dialogue entre nous (d’ailleurs jusqu’ici jovial, merci) plus qu’à propos d’X….donc a priori nous en resterons là, sur ce sujet, du moins pour aujourd’hui !
    Amicalement,
    C.

    • Allez, puisque je suis abonné à la discussion et que l’auteur du blog semble aussi fâché que moi contre la censure qui sévit sur les blogs, je me permet de participer. Modestement.

      Oui, je partage les remarques de Déblogueur sur CdS, cependant lorsque l’on évoque le verbe aimer, ça devient un peu délicat car nous parlons de préférences, de goûts, et il y en a autant que d’individus.

      Je vous propose donc un extrait de mes gamberges récentes que je traduis dans un projet d’écriture :

      SEMANTIQUE
      Survol personnel parfaitement subjectif et arbitraire des mots de phrases prises au hasard

      «  J’aime la vie et je cherche les mots justes pour le dire »

      Je

      C’est le plus difficile. Et il est partout puisqu’il observe et décrit sa scène. On se l’attribue, on s’identifie ce « je » c’est moi. Mais qui est il vraiment ?

      Je propose de décortiquer la moindre sans s’embarquer dans une quête existentielle spéculative sur le pourquoi du comment de la vie. Le mystère de ce coeur qui bat dans mon corps risque bien de ne jamais être dévoilé et je dirais que c’est tant mieux. Car le jour où nous aurons réponse à tout il ne restera plus grande raison d’être. Comme se plaisait à le dire mon père :
      «  L’imperfection fait partie de la perfection de la création à laquelle elle donne le mouvement ».

      Alors ce « je », c’est qui ? c’est quoi ? Quand commence-t-il ?
      Certes, dès la naissance on peut déjà observer des caractéristiques propres à un individu. La génétique est un bagage à porter, une donne de départ. Nous ne naissons pas tous égaux bien heureusement. Je me verrais mal épouser mon double et qu’est-ce qu’on s’ennuierait !
      Un des principes darwinien de l’évolution des espèces repose sur la diversité pour permettre la sélection du plus fort pour perpétuer un ligne, une race. C’est d’ailleurs peut-être bien sur ce modèle que nous avons calqué notre besoin de compétition. Nous éprouvons tous le besoin de briller, d’être meilleur, voire le meilleur, de laisser une trace, donner du sens. Et pourtant, il arrive qu’une espèce doive sa survie à une branche médiocre, les loosers de l’équipe, qui de par leur tare ont développé une résistance à une souche microbienne ou autre virus. La diversité est donc une condition de la vie. Tout ce qui est a une raison d’être, est justifié, et participe à un équilibre subtil qui nous échappe largement.

      Je vous vois déjà venir. Quoi ? Les guerres ont leur raison d’être ? Et qui décide, Dieu ? Et la maladie, la souffrance et la mort, tu trouves ça normal toi ?
      Tout de suite les grands mots. Et le retour à la case départ que je voulais éviter. Bouddha et les autres s’y sont attelés, ils sont morts comme tout le monde et je ne suis pas certain que leur héritage ait profité à l’humanité. Revenons donc à « je » et laissons ces grandes questions à ceux qui pensent pouvoir trouver les réponses.

      En sus du capital génétique de départ, vient s’ajouter l’environnement. Je suis né quelque part dans le monde, en l’occurrence en Suisse qui est un des pays parmi les plus privilégiés au monde. Dans une famille relativement confortable. Pas d’accident notoire, mes frères et soeurs sont en bonne santé. Tout roule. Nous avons hérité de la simplicité paysanne de notre mère et de la curiosité intellectuelle du père et profité d’un système éducatif précoce avec l’école enfantine.

      C’est là que l’inné laisse sa place à l’acquis, ces deux paramètres qui constituent le socle de la personnalité, de l’individu. Quels seront les mécanismes de développement ? Si l’on écoute les psys qui fleurissent comme le trèfle dans le gazon, nous tentons de nous protéger. Dès le plus jeune âge nous comprenons que le monde est dangereux et la vie fragile. Chacun va donc développer sa stratégie propre pour se faire sa place. D’abord de manière plutôt intuitive, en fonction de nos talents, puis par le développement conscient de ces qualités propres, voire uniques, car nous constituons tous un ensemble d’éléments particuliers au travers de nos expériences que personne d’autre ne pourra reproduire.

      Les premières années de la vie seront déterminantes alors que nous n’avons aucun contrôle. Les évènements que nous traverserons provoqueront des réactions immédiates de demande ou de rejet, d’attirance ou de crainte qui vont se transformer petit à petit en besoins/envies ou à l’inverse en répulsion/dégoût. C’est ainsi que nous allons nous former un caractère. Nous serons plus ou moins sensibles aux divers acteurs qui participeront à notre éducation ce qui fera de nous des êtres bien différents dans le spectre qui s’étend de la soumission à la révolte contre le pouvoir.

      Si les psys, ou coaches en tous genres, sont si demandés de nos jours, un peu comme l’étaient les prêtres à d’autres époques, c’est vraisemblablement parce que la science n’a pas apporté de réponse satisfaisante à notre mal-être. Elle a pourtant apporté une contribution non négligeable à la société par son intégrité factuelle et expérimentale. Car, bien que les axiomes qui sous-tendent une théorie sont susceptibles d’être remis en question, la démarche reste honnête, sincère.
      Nous avons ainsi découvert dans les années 80, grâce aux travaux de Benjamin Libet, que ce que nous nommons le libre arbitre est une fiction pour la simple raison que le corps choisit une option avant que l’information soit parvenue au cerveau. Certes, nous parlons de millisecondes, mais l’observation est catégorique, un mécanisme prévaut sur tous nos choix.
      Maintenant, ces mêmes découvertes sont à nouveau questionnées à la lumière des expériences d’Alain Aspect qui ont confirmé l’erreur fondamentale d’Einstein sur la question qu’il nommait l’effet fantôme découvert dans les années 30 avec la mécanique quantique. N’étant pas un spécialiste, je vais éviter d’étaler une science que je ne possède pas mais il est déjà possible aujourd’hui de pratiquer des changements à distance sur des micro-particules soeurs qui opèrent instantanément sur leur double à une vitesse plus grande que celle de la lumière.
      Ces découvertes ouvrent un champ vertigineux dans la recherche et une majorité des scientifiques s’accordent pour considérer certains de leurs homologues pour des allumés lorsqu’ils suggèrent des théories comme celles des cordes (univers parallèles) ou des capacité d’ubiquité, soit de présence à de multiples endroits simultanément.

      Revenons à nos moutons. Alors, ce « je », pouvons-nous le circonscrire, le définir. Evidemment, puisque c’est ce que nous faisons tous. Nous d’abord par notre besoin de nous distinguer. Et tous les autres ensuite qui ont besoin de savoir à qui ils ont affaire. Ainsi, comme avec tout ce qui nous entoure, nous labellisons, nous nommons les gens, les objets, les situations pour mieux naviguer, pour moins errer, pour se faire sa place et ne pas se faire bouffer. C’est une réaction normale de survie et, comme tout le reste, elle est justifiée. Et non, ce n’est pas un Dieu, bienveillant ou revanchard qui nous l’impose, c’est nous, tous seuls, qui avons intuitivement compris le monde dans lequel nous vivons.

      Mais dispose-t-il d’une réalité propre et indépendante de ce dont nous l’avons nourri ? Et quand je dis « nous » de qui parle-t-on ?
      C’est un peu le serpent qui se mord la queue. Comment pourrait-il en être autrement. Nous sommes juge et partie. Nous analysons le monde dans lequel nous vivons avec les outils disponibles qui font partie intégrante de la question. Et nous rejoignons les préoccupations de Heisenberg avec son principe d’incertitude, ou de Gödel avec celui d’incomplétude.
      Les philosophes, un peu à cheval entre le scientifique rigide et le prêtre mystique ont le mérite de s’interroger dans tous les sens. Ainsi on découvre des perles dans les rhétoriques entre les matérialistes, les illusionnistes et toutes ces écoles qui s’écharpent sans être en mesure de démonter quoi que ce soit. Les travaux de Daniel C. Dennet nous offrent une illustration de l’obsession de certains à vouloir aller au fond sans espoir d’y parvenir. Faut vraiment être maso pour se coltiner ces divagations en zigzag qui reposent pourtant sur des constats indiscutables.

      C’est donc, inévitablement, mission impossible de circonscrire une entité quelconque. Je, toi, lui, elles, eux, sont des constructions mentales qui ne répondent à aucun critère mesurable et reproductible. C’est d’ailleurs là que se tient toute la discussion autour de l’intelligence artificielle. Car elle tente justement de reproduire un fonctionnement que personne ne maîtrise avec des outils primaires et médiocres, même s’ils sont bluffants. Je partage donc le constat de Luc Julia, co-fondateur de Siri chez Apple, qui nous affirme que « l’intelligence artificielle n’existe pas ».
      Certes il ne s’agit pas de minimiser les risques de la singularité que craignent des gens comme Elon Musk, ou Hawkins, lorsque la machine passera le test de Turing. Car ces outils sont puissants. Mais ils restent des outils. Au même titre que notre être qui s’apparente à un véhicule destiné à transporter momentanément une expérience et se diriger vers un but incertain sans aucune garantie qu’il reste quoi que ce soit au bout, si bout il y a.
      Mais là on retombe dans les spéculations inévitables autour du rôle de l’homme dans un univers en expansion constante et en accélération.

      Nous pourrions évidemment considérer ces limites comme un échec. Au contraire, je le vois comme une belle ouverture vers des possibles infinis et surtout je me sens libéré du poids de la responsabilité. Si ce « je » n’est pas définissable, je ne vois vraiment pas pourquoi je me prendrais le chou pour le défendre, le développer, l’entretenir et passer mon temps à dénoncer, fustiger, remettre en question, les autres « je » qui ne font que se défendre pour subsister. C’est ainsi que j’ai découvert la beauté et la richesse de la différence qui ont activé ma curiosité et mon envie de comprendre la logique de l’autre qui est toujours fondée, quels que soient les éléments qui y ont participé.

      Je vous suggère donc d’accepter mon humble contribution qui ne repose sur aucune logique en gardant à l’esprit qu’il en est de même pour vous. Nous sommes à la fois tout et rien. Le monde nous imprègne, chaque cellule de notre corps est témoin de toute l’histoire qui se traduit dans notre chair et que toute l’aventure humaine consiste à tenter de comprendre tout en sachant que le but est la fin et qu’il est souhaitable de ne jamais y parvenir.

      Mais surtout, j’ai le sentiment que nous pourrions vivre un peu plus relax si nous pouvions comprendre la richesse de ces différences et éviter de nous protéger en tentant de convaincre l’autre de la justesse de notre propos. Car nous sommes toujours sur la défensive. Certes nous avons des raisons de nous méfier, mais au final, à la fin d’une vie, que reste-t-il ? Lorsque j’écoute ceux qui partent, presque tous nous disent : « Profitez ! Tout passe si vite ». Mais qu’est-ce que ça veut dire profiter ? Ce sera l’objet d’un autre développement sémantique. Je vais m’en tenir à cette phrase pour le moment mais je ne résiste pas à l’envie de suggérer que nous pouvons participer à l’aventure humaine en relativisant les éléments qui nous ont permis de nous constituer une personnalité et du coup aurons-nous moins besoin de défendre des postures qui ne répondent qu’au réflexe de survie d’un être fragile et démuni.

      aime

      Ce n’est pas pour rien que je suis réticent à dire « je t’aime ». Le « je » déjà, c’est du lourd comme nous avons pu le voir ci-dessus, mais aimer ?! Franchement ?!

      Comme tout le monde, du moins je l’espère, je suis tombé plusieurs fois amoureux. Oui, tombé est le mot juste, car j’ai plongé dans l’intensité de la souffrance qui découle de ce phénomène. Ne vous en déplaise, c’est toujours un drame qui se traduit d’ailleurs dans le terme de « passion » dont la racine latine est la souffrance.

      Toute la création artistique tourne autour de ce concept. Mêmes les oeuvres les plus sordides témoignent ironiquement des affres de l’amour.

      Avant d’en revenir à la question d’aimer une, ou plusieurs personnes, je vais rester dans le contexte moins émotionnel d’une préférence, d’un choix, ici « aimer la vie » qui, à défaut d’être un objet, reste moins personnel, plus vaste et vague.

      Lorsqu’on dit qu’on aime la viande, le vélo ou la politique, nous ne faisons que participer à la demande générale de nous définir par nos préférences et nos aversions comme nous l’avons vu plus haut. Ainsi allons-nous orienter nos efforts vers tout ce qui participera à satisfaire ces préférences. Nous rejoindrons probablement des clubs de défense de ces intérêts particuliers qui nous sont chers. A force de nous conforter dans nos choix, nous allons creuser le sillon de notre personnalité jusqu’à la caricature et évacuer tout ce qui pourrait venir semer le doute. Car nous recherchons une certaine forme de stabilité. Nous avons besoin de savoir où nous mettons les pieds, à qui nous avons affaire. D’ailleurs, lorsque nous croisons une connaissance, nous commençons presque toujours la discussion par « salut, qu’est-ce que tu deviens ? » Nous avons besoin de repères qui nous permettront d’orienter la discussion afin de satisfaire au mieux nos intérêts personnels.

      Pourtant, certaines situations de la vie nous proposent des circonstances qui remettent en question ces préférences. Pour ne prendre que des exemples triviaux, j’ai découvert que mon amour du fromage s’est presque transformé en aversion après avoir passé quelques mois en Asie où il n’y en avait pas. J’ai aussi tenté le café noir et court alors que je ne buvais que des renversés avec du sucre. Quelle ne fut pas ma surprise de ne plus pouvoir sucrer mon café. Pire, j’en suis au stade où je crache le breuvage s’il est sucré. Tout cela est explicable par la chimie du corps, des équilibres plus ou moins subtils, qui participent à ces choix en fonction des circonstances.

      Ceux qui ont creusé le sillon sont plus mal barrés. Ils ont perdu la souplesse et la curiosité pour d’autres modèles et risquent bien de dédier leur existence à défendre une position envers et contre tout. Ce sont, pour la plupart, des gens simples sur qui on peut compter. Ils suivent une ligne qu’ils ont tracée et s’y tiennent. Mais ils sont en guerre permanente avec tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Ils seront forcément déçu et pas seulement en amour.

      Les autres ont senti que leurs inclinations répondaient à des circonstances. Ils vont soit s’appliquer à favoriser un environnement qui permet la satisfaction de ces désirs, soit développer une forme de doute salutaire et sain mais plus difficile à vivre. L’homme cherche un ancrage même lorsqu’il veut voler ou planer.

      Au fil d’une existence, nous développons des préférences en fonction des expériences et donc de l’environnement, des situations qui se présentent. Une vie stable, sédentaire et ancrée qui favorise le besoin de sécurité par la routine contribue à renforcer ces préférences jusqu’à en faire des modèles, des références. A l’inverse, une vie d’aventure et d’imprévus a plutôt tendance à casser les schémas, installer du doute et de la curiosité pour un monde insaisissable.
      L’art de vivre consiste à trouver le juste équilibre pour chacun en fonction de ces deux tendances opposées. Une vie trop routinière ne facilite pas l’enthousiasme de la découverte et une vie de risque permanent n’offre que peu de plages de repos et peut provoquer une méfiance, voire de la paranoïa. C’est un peu caricatural, mais les risques sont bien là.

      En amour, la théorie se vérifie à chaque coup. L’institution du mariage, qui est une invention relativement récente dans la vie des humains, vise à rassurer les partenaires pour une entreprise à relativement long terme qui consiste à se reproduire et permettre à sa progéniture d’atteindre un âge d’autonomie. Du moins c’est ce que nous enseigne la génétique. Le romantisme est venu un peu édulcorer le modèle pour lui donner ses chances mais il s’est engouffré dans les failles pour valider l’aventure. C’est un peu toute l’histoire entre passion et raison qui est admirablement bien illustrée dans l’ouvrage « Narcisse et Goldmund » de Hermann Hesse.

      Un autre souci mérite de s’y attarder lorsqu’on prétend aimer. Le degré. Les sondages vous proposent une échelle de 1 à 10 pour évaluer le pourcentage entre aimer et haïr, entre aimer et détester. Et ce chiffre change évidemment en fonction des circonstances comme nous l’avons vu plus haut. Ainsi un couple qui, dans l’euphorie de l’amour presque parfait, a consenti aux liens du mariage, en vient dans 50% des cas à se détester après à peine quatre ans de vie commune. Certains vont même jusqu’à nier avoir jamais aimé l’autre tant le ressentiment est puissant.

      A ce stade, et nous n’en sommes qu’au deuxième mot de la phrase, on comprend qu’on est très mal barré pour espérer s’entendre. Non seulement il est pour ainsi dire impossible de déterminer qui est vraiment le sujet qui s’exprime mais en sus on le soupçonne de pas savoir de quoi il parle lorsqu’il exprime une préférence. Nous y reviendrons.

    • Votre persévérance à me faire constater l’humanité de CdS est méritoire. Toutefois, être un être humain ne confère pas l’obligation d’aimer ou d’être aimé. En ce qui concerne les bergers allemands, de mémoire, ce sont des chiens et non des humains. Et pour citer à nouveau Pierre Desproges, je dirais que « plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien. Plus je connais les femmes, moins j’aime ma chienne ». Bon vent.

  7. Aimer ne saurait être une obligation… En effet, aimer, c’est geste libre et noble !
    A mon sens nécessaire, mais c’est une autre histoire.
    Ne pas aimer dépend un peu de la façon de, de ne pas … (et des limites de la morale et du droit, si l’on s’en encombre ou en prend conseil). Pour ne citer que moi-même (pardon), « Il ne faut pas ne pas aimer, haïr ou détester, ce n’est pas bon pour le cœur. Et les maladies vasculaires sont hélas à la mode ! »
    Et soit dit en passant, elles sont aussi une des causes de la longévité plus courte des hommes, puisque nous parlons parfois égalité, cette longévité plus courte, je le déplore (sans se placer en victime-s, il y a aussi des progrès à faire de notre côté).
    Je ne pense pas non plus que ce soit très édifiant – de ne pas aimer – pour le monde à venir…
    Encore que là je vous rejoins pleinement à dire que notre échange pour dame X n’y change peut-être pas grand chose. Toutefois l’idée de comparer lequel de vous deux y contribue le mieux, à l’avenir du monde et de notre espèce, pourrait m’effleurer. Laissons, ou pas…
    Vous mettez de la joie dans journée, merci.
    J’y retourne !

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